Céline AUBERT, une athlète de haut niveau qui aspire aux jeux paralympiques – Sylvie ARNAUD

Céline AUBERT : un parcours inattendu vers le sport de haut niveau

À la base, Céline AUBERT n’avait jamais envisagé de devenir une athlète de haut niveau. Cette dynamique jeune femme picarde de 30 ans jonglait entre son emploi d’assistante de direction au Conseil Général de l’Oise, ses engagements à la tête de l’association « Sur la route de Fanny(1) » et sa passion pour la course à pied.

Le tournant à Marseille

En juin 2009, lors d’un entretien d’embauche à Marseille, sa vie prend une tournure inattendue.

Être à Marseille sans profiter de la mer semble inconcevable. Avec un ami, elle décide de faire une courte balade en jet ski qui va bouleverser son existence. Éprouvée par les préparatifs pour un semi-marathon et une action de sensibilisation à la sécurité routière réalisée la veille, elle se fait surprendre par une vague, est éjectée et se casse la colonne vertébrale en retombant.

« Après l’impact, j’ai atterri assise sur le siège, ma poitrine pressée contre le conducteur. Je sentais les vagues onduler. Mon corps était légèrement incliné sur la gauche, et en m’appuyant sur mon avant-bras pour ne pas tomber à l’eau, je tentais de me pincer les jambes pour percevoir un picotement, une douleur… mais rien ! Plus aucune sensation dans mes membres inférieurs, mes jambes semblaient inertes. »

Les conséquences de l’accident

Transportée en urgence à l’hôpital Saint Anne de Toulon, le diagnostic tombe : sa lombaire supérieure est compressée à 50%, exerçant une pression sur la moelle épinière.

« J’ai été rapidement prise en charge par les secours, puis par les médecins. Deux heures et demie après l’accident, j’ai eu la chance d’être opérée par un chirurgien talentueux et humain, qui m’a expliqué calmement la situation, ce qu’il allait faire et les risques encourus. »

Renaissance et combats

Après une longue opération, Céline se réveille toujours paralysée, mais les premiers tests révèlent une légère sensation en certains points du corps. Un long chemin de réhabilitation commence alors.

« Le plus difficile a été de constater qu’à 27 ans, je ne pouvais plus rien accomplir seule. J’étais dépendante pour tout, que ce soit pour me laver, m’habiller ou me déplacer. »

Dix jours plus tard, elle intègre le centre de rééducation Renée SABRAN sur la Presqu’île de Giens, où elle passera trois mois.

« J’ai abordé la rééducation comme un entraînement sportif. À chaque progrès, je me fixais un nouvel objectif. »

Bien que contrainte à vivre en fauteuil, sa volonté lui permet de se lever à nouveau. Souffrant de douleurs constantes qui l’alertent de l’existence de 640 muscles dans le corps, elle progresse des barres d’appui au déambulateur, puis aux béquilles jusqu’à retrouver la marche. Cependant, des séquelles motrices et sensitives dans son pied et sa jambe gauche lui interdisent la course.

Une nouvelle passion pour l’aviron

Ancienne marathonienne, elle ne se laisse pas abattre et se tourne vers un nouveau sport capable de lui offrir des sensations similaires. En octobre 2011, une randonnée en faveur des personnes handicapées la conduit à découvrir l’aviron, où elle rencontre François MONRAZEL, qui devient son entraîneur.

« L’aviron est un sport complet qui sollicite tous les groupes musculaires. Mon coach a élaboré un programme de renforcement qui m’a permis d’éviter une troisième opération. Il sait choisir les mots justes pour me motiver à aller plus loin. »

Actuellement installée à Marseille, Céline s’entraîne 5 à 7 fois par semaine, en soirée après son travail, et le week-end. Ses séances sont diverses, en bateau, sur ergomètre ou en musculation.

En moins de deux ans, elle a remporté deux fois le titre de championne de France d’aviron.

Approchée par l’Équipe de France, elle nourrit le rêve de participer aux prochains jeux paralympiques en 2016 au Brésil.

Un parcours inspirant

Céline, consciente d’avoir été chanceuse, trouve sa force dans l’aide qu’elle apporte aux autres.

« J’ai également connu des moments sombres. Il est difficile de se sentir diminuée et inutile en un instant. Le regard des autres me terrifiait, mes proches ne savaient pas comment m’aborder. Physiquement différente, j’avais néanmoins le souhait de rester la même à l’intérieur. »

En plus de ses diverses activités, elle est devenue éducatrice d’aviron et entraîne les enfants de son club.

Après une enfance compliquée et l’arrêt de ses études, elle a un ambitieux projet : écrire un livre à destination des centres de rééducation pour encourager ceux qui sont sur le point d’abandonner.

« Si j’avais suivi les conseils de certains médecins, j’aurais perdu espoir très rapidement. Il est essentiel de se battre malgré la douleur et les échecs. Il faut croire qu’il est toujours possible d’avancer, même si la vie est devenue différente de ce qu’elle était. C’est dur aussi pour ceux qui nous épaulent, mais traiter la personne blessée comme avant est la meilleure façon d’aider. »

Céline AUBERT nous offre bien plus qu’une simple revanche; elle partage une magnifique leçon de vie.

Propos recueillis par Sylvie ARNAUD (Juillet 2013)

(1) Suite au tragique accident de la route en 2005 ayant causé la perte de la fille d’une amie de ses parents, Céline fonde l’association « Sur la route de Fanny » pour sensibiliser les jeunes aux dangers de la drogue et de la vitesse.

Ophélie

« Je m’appelle Ophélie, je dirige l’association Destins de femmes à Arles, un engagement né le jour où j’ai réalisé, en feuilletant des archives locales, à quel point l’histoire des femmes avait souvent été racontée à voix basse.
Dynamique et profondément investie dans la vie associative, je travaille chaque jour pour faire avancer les droits des femmes et transmettre leur mémoire.
J’écris ici pour partager ces récits, éveiller les consciences et donner envie d’agir, à hauteur humaine. »

Destins de Femmes