Etre femmes au Pérou – Sylvie ARNAUD

Etre femme au Pérou, une situation préoccupante

Bien que la politique péruvienne ait évolué vers une plus grande égalité entre les sexes au cours des dix dernières années, la condition des femmes dans le pays reste préoccupante, dans un environnement où le machisme prévaut encore.

En outre, les questions liées aux inégalités ethniques, notamment avec les populations indigènes d’Amazonie, font souvent passer au second plan les injustices, discriminations et violences que subissent les femmes.

Et pourtant, il est bien connu que dans tous les conflits et problèmes, quelle qu’en soit la nature, qu’ils soient raciaux, religieux, ou autres, les femmes sont toujours deux fois plus touchées que les hommes. Le Pérou n’échappe pas à cette règle.

La violence à l’égard des femmes

La violence contre les femmes demeure un problème majeur au Pérou. En 2007, plus de sept mille cas de violences sexuelles ont été signalés et le taux de violence domestique et familiale, notamment envers les femmes enceintes, est l’un des plus élevés d’Amérique latine.

De plus, en raison de l’influence notable de l’Église catholique romaine sur le gouvernement, l’avortement reste illégal au Pérou. En conséquence, plus de 14 % des adolescentes âgées de 15 à 19 ans meurent chaque année après avoir subi un avortement dans des conditions dangereuses.

« Dans une société où la santé sexuelle est un sujet tabou, les adolescents péruviens ont du mal à accéder à des soins adaptés et gratuits. Or, plus de 40 000 avortements non autorisés touchent chaque année des adolescentes. » – Stéphanie Senet, Médecins du Monde

Système de santé défaillant

Un rapport d’Amnesty International a révélé en 2006 que les services de santé maternelle et infantile au Pérou conduisent à la mort de centaines de femmes et d’enfants pauvres chaque année. Malgré les services médicaux gratuits mis en place pour les populations marginalisées, les femmes et les enfants les plus défavorisés sont souvent laissés pour compte en raison d’un manque d’investissements et d’une répartition inégalitaire des ressources.

« Au Pérou, la qualité des soins médicaux maternels et infantiles semble être réservée aux riches. Les femmes les plus pauvres, pourtant particulièrement vulnérables durant la grossesse et l’accouchement, sont souvent les moins protégées. »

La Comisión de la Verdad y Reconciliación a conclu dans son rapport final que l’une des principales causes du conflit armé interne, qui a dévasté le pays pendant deux décennies, était la discrimination envers les plus démunis et le non-respect de leurs droits économiques, sociaux et culturels, en particulier pour les femmes.

Bien qu’il soit réjouissant de constater certaines avancées telles que l’accès à la propriété ou la possibilité de poursuivre les agresseurs en cas de viol (depuis 1999), il reste encore un long chemin à parcourir en termes d’éducation, d’information et d’emploi.

Éducation et inégalités salariales

Le taux d’alphabétisme des femmes au Pérou est trois fois plus élevé que celui des hommes. Selon un rapport de l’Université de Lima (décembre 2008), la qualité de l’enseignement supérieur pour les femmes présente des disparités qui induisent une division dans le monde du travail.

Bien que les filles aient les mêmes droits que les garçons sur le papier concernant l’éducation et l’accès à l’emploi, elles se retrouvent souvent cantonnées à des rôles de femmes au foyer après le mariage, perpétuant ainsi des valeurs familiales qui prônent la « domination masculine ».

D’autres études gouvernementales confirment que les inégalités salariales demeurent : les hommes gagnent toujours des salaires supérieurs à ceux des femmes. De manière surprenante, des syndicats de femmes persistent, car dans certaines industries, il existe encore l’idée que les hommes et les femmes ne peuvent pas discuter sur un même pied d’égalité.

Pour fuir la violence et le manque d’opportunités professionnelles, de plus en plus de femmes péruviennes cherchent à migrer à l’étranger, un phénomène qui, s’il se maintient, pourrait devenir désastreux pour le pays.

Conclusion

En conclusion, bien que le Pérou continue d’attirer archéologues, anthropologues et touristes par milliers, pour les femmes, la réalité peut souvent se transformer en véritable cauchemar.

Et qu’en est-il des femmes françaises ? Selon le rapport du CNDF (Comité National pour le Droit des Femmes) : « en France, en 2009, une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint. Une femme est violée toutes les 10 minutes… (*) ».

Bonne réflexion à toutes et à tous !

Sylvie ARNAUD (décembre 2009)

(* Rapport du CNDF : En France, en 2009, les femmes ont des salaires inférieurs de 21 % par rapport aux hommes, elles constituent 80 % des travailleurs pauvres, réalisent la majorité des tâches ménagères et de l’éducation des enfants. 85 % des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes, et leur retraite est en moyenne inférieure de 600 € par mois. Une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son partenaire, et une femme est violée toutes les 10 minutes.)

Ophélie

« Je m’appelle Ophélie, je dirige l’association Destins de femmes à Arles, un engagement né le jour où j’ai réalisé, en feuilletant des archives locales, à quel point l’histoire des femmes avait souvent été racontée à voix basse.
Dynamique et profondément investie dans la vie associative, je travaille chaque jour pour faire avancer les droits des femmes et transmettre leur mémoire.
J’écris ici pour partager ces récits, éveiller les consciences et donner envie d’agir, à hauteur humaine. »

Destins de Femmes