Emilie chambonnet – sapeur-pompier professionnel (Languedoc Roussillon)

« J’étais déjà maman de mon fils et, sur le moment, j’ai tout de suite pensé à lui. Il y a eu ce temps où je me suis dit : si ça pète une fois, ça peut péter deux… mais il faut y aller quand même. »

Malgré deux rendez-vous manqués, car le devoir m’appelait, nous avons réussi à rencontrer Emilie Chambonnet, sapeur-pompier professionnel, qui a partagé avec nous son goût pour l’action.

Quelles ont été vos motivations pour devenir sapeur-pompier ?

Emilie Chambonnet (1) : À la base, je souhaitais devenir pompier volontaire, étant immergée dans cet univers depuis petite, mes grands-pères et mon père étant pompiers volontaires dans mon village. Cependant, je ne me destinais pas à cette carrière, mon rêve étant de devenir médecin urgentiste au SAMU, mais les études m’ont rattrapée !

Entre-temps, j’ai opté pour le métier de pompier volontaire et j’ai trouvé cela à la fois sympa et passionnant. J’ai alors passé le concours, que j’ai réussi, et j’ai fini par être recrutée.

Être la seule femme pompier professionnel dans une caserne de 100 hommes : inconvénient ou avantage ?

(Il est à noter qu’il y a aussi une autre professionnelle, une infirmière, mais qui ne participe qu’aux secours.)

J’aurais tendance à dire : ni l’un ni l’autre. Au début, il faut se distinguer en faisant plus que les autres pour se faire une place. Ensuite, avec le temps, tout s’équilibre.

Certaines personnes vous voient comme une pompier, d’autres comme une femme avec ses attributs, et certains sont complètement indifférents. Lorsque j’ai réussi à leur prouver que je n’étais pas là pour chercher un partenaire mais pour effectuer mon travail, les choses se sont améliorées.

Étant à Villeneuve depuis 10 ans, j’ai pris mes habitudes et je peux témoigner que le fait d’être une femme ne constitue ni un avantage, ni un inconvénient. Bien sûr, je suis souvent taquinée, mais être une femme peut renforcer la résilience. En devenant volontaire au Grau-du-Roi, j’ai rapidement compris ce que je voulais être et ce qu’il ne fallait pas être.

Au pire, lorsque des regards sont trop pesants ou méchants, on tourne la tête et il y a toujours un regard bienveillant à côté. C’est le bon côté d’avoir du monde autour.

Une caserne reste une école de vie où l’on retrouve toutes les catégories sociales et professionnelles. C’est une micro-société avec de tout : gens honnêtes et malhonnêtes, travailleurs et paresseux, ouverts et moins ouverts…

Quel est le pourcentage de femmes pompiers professionnels dans votre région et en France ?

On parle d’environ 10 % de femmes pompiers en France, qu’elles soient professionnelles ou volontaires, et les professionnelles ne représentent que 2 ou 3 %. Il n’y a pas de plafond de verre : une femme peut devenir lieutenant-colonel. Cependant, la question du nombre reste cruciale. Quand il n’y a plus de place dans le vestiaire, les recrutements de femmes se compliquent, surtout s’il n’existe pas d’infrastructure adéquate…

Quand j’ai passé le concours, on m’a demandé si je rêvais de casernes exclusivement féminines. J’ai répondu non, car je crois à un équilibre entre nous. Même si physiquement je suis moins forte face à certains hommes, je suis en revanche au-dessus de bien d’autres…

En outre, je n’ai jamais été dans un milieu féminin reconnu pour se crêper le chignon, ce qui est une constate dans le cadre d’une équipe majoritairement masculine, même si parfois, leur présence peut transformer cela en colonie de vacances.

Relations avec vos collègues et supérieurs

Tout dépend des affinités. Avec mes supérieurs, chacun connaît sa place : je suis leur subalterne, et eux mes supérieurs. Je constate que ma condition de femme fait que certains aiment venir vers moi, partageant des histoires et des anecdotes, comme ils le feraient avec une amie extérieure au milieu. Je n’ai pas l’impression d’être discriminée.

Il y a seulement quelques personnes avec qui ça se passe moins bien, qui peuvent parfois adopter un comportement plus critique, mais c’est souvent juste une question de personnalité.

Comment perçoivent vos collègues votre présence ?

Comme nous sommes en minorité, notre présence est plus visible, et cela alimente souvent les conversations. Si un homme avait vécu ce qui a fait que je suis surnommée le « sergent-renard », je ne suis pas certaine qu’on en parlerait encore autant…

En général, ils me considèrent comme une égal, sauf ceux qui n’apprécient pas en tant que femme ou dans ce métier, et qui peuvent ne pas être objectifs quant à mon travail. Certains me perçoivent comme trop exigeante. Je suis plutôt perfectionniste, et j’essaie de ne pas imposer cela aux autres, mais quand quelque chose ne me convient pas, je préfère le refaire moi-même.

On me dit aussi que je parle trop, mais bon, cela contribue à animer les échanges.

Réactions de votre entourage concernant votre profession

Au début, ma famille était très fière, et après 14 ans dans le métier, ils considèrent cela comme normal : « Va travailler, femme ! » Avec mon mari, nous formons un couple un peu hors normes, car je suis pompier et je roule en moto, mais à la maison, c’est lui qui bricole et joue au foot avec notre fils.

Mon père, où qu’il soit, aime faire savoir que sa fille est une pompier professionnel, tout comme mon frère. Mes parents sont contents de notre stabilité professionnelle et familiale. Nous avons des postes pas trop éloignés d’eux, à deux heures et demie de route.

De la fierté, nous sommes passés à une certaine sérénité concernant notre situation. Étant tous les deux pompiers volontaires, mes parents connaissent bien le milieu.

Une blague blessante ?

Ce n’est pas vraiment une blague, mais une attitude blessante survenue lors de ma deuxième grossesse. Ma première grossesse s’était bien déroulée, mais à la seconde, j’ai ressenti un mal-être. Même les demandes pour un habillement adapté ont suscité des réponses du type : « Tu n’as qu’à te faire arrêter. »

Le pire a été lorsque le poste de responsable de garde a été libéré. C’était mon tour, mais bien qu’on ne m’ait pas opposé de griefs professionnels, quand j’ai demandé pourquoi je ne l’avais pas obtenu, on m’a répondu : « Parce que tu es enceinte. » Je l’ai très mal vécu. Pour comparer, un collègue blessé a eu droit à des aménagements pour revenir.

Quant aux blagues, je prends cela avec humour aujourd’hui. Elles sont nombreuses, mais elles me font plus rire qu’autre chose, même si je m’interroge sur leur origine !

Un hommage touchant de la part d’un collègue ou supérieur

Une année après mon arrivée à Villeneuve, alors que Noël approchait, mes collègues ont organisé une collecte et m’ont surpris avec un bracelet. Cela m’a touchée, car au-delà du geste, cela symbolisait que j’étais intégrée à l’équipe. C’était une reconnaissance de mes pairs, bien plus précieuse qu’une médaille.

Réactions surprenantes lors des interventions

J’ai vu un homme gravement blessé qui ne pensait qu’à une chose : m’inviter au restaurant. Ce moment m’a fait sourire et me demander s’il était conscient de la situation ! Un autre point amusant est le regard des hommes lorsque je conduis un camion, notamment les gros ou 4×4, souvent surpris. Cependant, cette perception évolue, avec de plus en plus de femmes à la conduite des camions.

Réactions redoutées

Je crains la violence, surtout lors de missions délicates (hospitalisation à la demande ou pour personnes blessées dans une bagarre, par exemple). Toutefois, je ne m’attends pas spécifiquement à une réaction particulière, mais j’aimerais être reconnue pour mon travail au-delà de mon genre.

Votre uniforme

Mon uniforme est identique à celui des hommes : un treillis avec une veste, sous une tenue de feu et un casque selon les interventions. Lorsque j’étais enceinte, il n’y avait pas d’uniforme adapté, j’ai donc emprunté des pantalons à des collègues plus larges que moi, ce qui m’a donné un look assez particulier !

Pensées à chaque fois que vous l’endossez ou le retirez

Le matin, généralement, je ne pense pas à grand-chose et me demande juste si j’ai tout mis. En revanche, lorsque j’enfile ma tenue de feu avant une intervention, je me dis : « C’est parti ! » avec l’espoir de vivre une belle expérience. Et quand je la retire, je me félicite d’aller à la douche !

La devise des pompiers

La devise des pompiers, « Courage et dévouement », signifie pour moi être là pour la société sans états d’âme. Elle nous rappelle la noblesse de notre métier. Il faut rester motivé et disponible, même si notre quotidien implique plus d’assistance sociale que de sauvetage.

Venant d’un petit département où chaque appel représente une réelle urgence, je relative cela par rapport à ce que je vis actuellement. L’ancienne devise, « Sauver ou périr », était plus héroïque, mais celle actuelle correspond mieux à la réalité. Le dévouement peut se résumer à aider une personne malade à l’hôpital à trois heures du matin, alors que je n’avais pas signé pour cela au début.

Pour le courage, c’est ce que l’on vit au quotidien qui nous rappelle chaque fois pourquoi l’on est là.

Expériences mémorables

La plus pénible

Il y a quelques années, lors d’une explosion dans un bâtiment, j’ai vécu un moment très difficile. Mes collègues ont été blessés, et j’étais à distance, en train de donner de l’eau. Maman de mon fils à l’époque, je me souviens avoir pensé à lui : si ça explose une fois, ça peut encore se reproduire… mais il faut quand même y aller. C’était étrange, presque surréaliste. Je garde un souvenir bizarre, mais heureusement, tout le monde a survécu, malgré les blessures temporaires.

La plus cocasse

Je me souviens d’une intervention lors d’un feu de forêt, ma passion. En arrivant avec le camion, nous avons découvert que les 4×4 étaient là pour pêcher des poissons morts dans un étang où le niveau avait baissé cet été. Au lieu d’éteindre des feux, nous avons passé l’après-midi à ramasser ces poissons avec des épuisettes !

La plus étrange

C’était dans les années 1998 ou 1999, lors d’une séance de sport. Nous avons été appelés pour

Ophélie

« Je m’appelle Ophélie, je dirige l’association Destins de femmes à Arles, un engagement né le jour où j’ai réalisé, en feuilletant des archives locales, à quel point l’histoire des femmes avait souvent été racontée à voix basse.
Dynamique et profondément investie dans la vie associative, je travaille chaque jour pour faire avancer les droits des femmes et transmettre leur mémoire.
J’écris ici pour partager ces récits, éveiller les consciences et donner envie d’agir, à hauteur humaine. »

Destins de Femmes