« Je croise des regards intrigués parce que je suis en tenue de feu. » Aude Moureaux, sapeur-pompier volontaire, vit son engagement avec passion et une bonne dose de sagesse.
Quelles ont été vos motivations pour devenir sapeur-pompier ?
Lycéenne, j’avais un penchant pour les métiers liés aux urgences, notamment le SAMU. Lorsque mon frère, qui a 18 mois de plus que moi, est devenu pompier professionnel, cela a éveillé en moi un profond intérêt. De plus, mon arrivée dans le sud de la France, avec cet attrait inexplicable pour les feux de forêt, a définitivement scellé ma décision.
Quel est le déroulement type d’une de vos journées ?
- A 7 heures, rassemblement en tenue de feu, le chef de garde présente les consignes de la journée et répartit chacun dans l’un des 3 groupes, composés d’un chef, d’un conducteur et d’un équipier.
- Ensuite, nous faisons l’inventaire et l’entretien des véhicules (vérification de l’équipement, des niveaux, de la pression des pneus…)
- Puis, nous partons pour des travaux d’intérêt général (entretien des sanitaires, chambres, travées, garages…)
- Pause-café à 8h30.
- De 9h à 10h30, manœuvres (secourisme, incendie, secours routier), avec des exercices de reprise des bases.
- De 10h30 à 12h, séance de sport (les horaires s’inversent en été pour cause de chaleur).
- De 12h à 14h, moment du repas.
- A 14h, rassemblement (sans tenue de feu) pour réaffecter les groupes, car le stationnaire change.
- De 17h30 à 19h, temps libre (télévision, sport…).
Pour les gardes de nuit (de 19h à 7h), il y a du temps libre après le rassemblement et les manœuvres.
Quelle est la contrainte la plus difficile à surmonter ?
La plus difficile, c’est l’attente des appels (cela peut sembler long). Cependant, la variété des activités tout au long de l’année, notamment en été, empêche l’installation de la routine.
Etre une femme dans un corps essentiellement masculin : inconvénient ou avantage ?
J’étais consciente d’entrer dans un univers d’hommes et je l’ai accepté. Je me sens plutôt protégée et parfois je suis même considérée comme une confidente.
Quel est le pourcentage de femmes pompiers volontaires dans votre région et en France ?
Je ne connais pas les chiffres exacts mais, bien que nous soyons peu nombreuses, l’évolution est positive : de plus en plus de femmes rejoignent nos rangs.
Quelles relations entretenez-vous avec vos collègues et vos supérieurs ?
Les relations avec mes collègues sont très bonnes, tandis qu’avec mes supérieurs, il y a une distance empreinte de respect, que je respecte également.
Comment vous perçoivent-ils ?
Au départ, cela a été difficile, car ils n’avaient pas l’habitude de travailler avec des femmes. J’ai dû faire mes preuves. Ma première année a été marquée par des discriminations, un capitaine injuste et des collègues qui me mettaient à l’épreuve. Un collègue de 80 kg m’a même défiée, mais j’ai pu le porter en intervention. Aujourd’hui, je suis acceptée comme l’un des leurs.
Réactions de l’entourage face à votre engagement ?
Mon mari, qui est lui aussi pompier volontaire, me voit comme un pompier. Il est compréhensif concernant mes obligations et mes horaires. Ma famille, quant à elle, a tendance à oublier que je suis pompière, et cela fait pourtant 7 ans maintenant.
Une blague blessante ?
J’ai dû supporter des remarques telles que « Femme, prends le balai, c’est ton job… » Un lieutenant avait même dit, lors d’une devinette : « Fais marcher le seul neurone que tu as et tu trouveras ! ». J’ai dû lui rappeler le sens du respect mutuel.
L’hommage qui vous a le plus touchée
Un coéquipier a été très impressionné. Lorsqu’un couple est venu avec leur fillette de 14 jours qui s’étouffait, j’ai géré seule la situation. Après avoir sauvé l’enfant, mon collègue a soupiré : « Putain, bien joué ! ».
Durée de votre engagement ?
Je souhaite rester pompier le plus longtemps possible.
Quel regard portez-vous sur votre rémunération ?
Être rémunérée est essentiel dans notre société actuelle. Même si nous sommes mal payés, une rémunération trop élevée attirerait des personnes moins motivées.
Étant donné que nous avons aussi des heures d’activité libre, je pense que cette faible rémunération est compensée.
Assumeriez-vous ce rôle en tant que bénévole ?
Oui, mais je n’impliquerais pas autant et je ferais moins de gardes.
Réactions surprenantes lors des interventions ?
Je reçois parfois des regards intrigués à cause de mon statut de femme en tenue de feu. Les personnes que j’aide apprécient souvent de voir une femme les secourir, surtout si cela touche à leur intimité.
Réaction redoutée ?
Je crains surtout celles de certains hommes ivres qui peuvent être extrêmement désagréables. Des personnes âgées peuvent dire préférer un homme pour le secours, mais mes collègues me protègent toujours.
Uniforme : description et différences ?
Mon uniforme est identique à celui des hommes : des chaussettes dans des rangers, des pantalons avec une ceinture, et ensuite, à choix, un tee-shirt, un pull ou un col roulé, plus un sweat-shirt, une veste et une parka. En hiver, nous pouvons porter des gants et un bonnet noirs.
Comment ressentez-vous votre uniforme ?
Lorsque je l’enfile, je ressens de l’excitation et de la fierté, mais maintenant c’est de la joie. Quand je l’enlève, je suis impatiente de le remettre !
La devise des pompiers ?
Ma devise préférée est « Courage et dévouement », car il faut réellement du courage aux moments critiques. Cela demande également dévouement envers les autres et la nature.
Expériences difficiles
Les décès d’enfants sont les moments les plus pénibles. J’ai en mémoire un nourrisson de 6 mois que nous n’avons pas pu sauver, et une petite fille de 8 ans que nous avons mis une heure à sortir de l’eau, malheureusement sans succès.
Anectodes cocasses ou étranges
Il y a eu un moment rare où j’étais dans le fourgon avec ma meilleure amie lorsqu’on a été appelé pour un feu de voiture sur l’autoroute ; finalement, c’était juste le capot fumant. Nous avons bien ri en voyant le couple surpris par notre arrivée.
Une autre histoire : nous avons été appelés pour secourir un homme âgé tombé avec un problème de bassin. Le médecin a eu des difficultés tout en essayant de le soulager, ce qui a abouti à une situation comique malgré la gravité de l’intervention.
Moment le plus heureux
Au-delà du sauvetage de la fillette de 14 jours, j’ai été ravie de participer à un accouchement ; chaque fois, c’était une victoire de la vie face à la mort.
Équilibre entre vie familiale et engagement volontaire ?
Cela demande une solide organisation, mais c’est tout à fait faisable.
Conseils pour les futures collègues
Je lui recommanderais d’être très investie et de s’intéresser à tout ce qui se passe dans la caserne. Il est normal de se mesurer aux collègues masculins pour prouver sa compétence.
Épanouissement grâce à l’engagement
Ma passion pour la diversité des tâches me garde éloignée de la routine. Cela m’enrichit par le biais d’une formation continue. Je réalise chaque jour que ma vie est précieuse et pleine, à la lumière des événements que je traverse quotidiennement.
Le 17 janvier 2011


